We Love Trax @ Cité des Sciences (Paris)

Samedi 18 novembre 2006

LE CONTEXTE

Novembre 2006 : il aura fallu près de douze mois de discussions avec la Cité des Sciences pour parvenir à faire entrer les nouvelles musiques dans leur musée… Presque un an de rdv, de réunions, de négociations…

Et au final, le sentiment mitigé d'avoir tenté un pari trop audacieux : lieu trop cher et trop grand, personnel pas toujours suffisant ou adapté (en particulier sur la sécu qui nous a été imposée…), et puis une somme innombrable de problèmes qui viennent se télescoper, se nourrir, dans des conditions déjà difficiles.

Pour ceux qui auraient pu trouvé la soirée ou les boissons un peu chères, rappelons juste que WLA produisait intégralement la soirée, que nous n'avions aucun soutien financier (sponsors, subventions) autre que celui de la SACEM (merci à eux !), et que les artistes ne jouaient pas gratuitement (loin s'en faut d'ailleurs pour certains groupes, les mêmes qui crachent dans la soupe après. ;-))

Pour ceux qui auraient trouvé le son imparfait et parfois trop juste, sachez que l'on était pourtant resté fidèle au meilleur système actuel, en particulier pour l'électro, de la marque D&B (en moyenne 20 à 30% plus cher que les autres). Que quand un DJ pousse la table de mixage dans le rouge malgré nos recommandations, le son sature et l'on est obligé de baisser en facade pour ne pas risquer de tout griller. Et qu'un agent n'a pas laché son sonomètre de toute la nuit.

Tiens, pendant qu'on y est et pour la petite blague, après une semaine d'atermoiements, le service juridique de la Cité nous a averti le vendredi 17 novembre au matin que, finalement, nous ne pourrions pas utiliser la Licence IV du lieu, synonyme de vente d'alcool. Pour tout vous avouer, on a envisagé d'annuler…

Et finalement, on a préféré aller au charbon, quitte à changer en 24h toute la logistique des bars pour 4000 personnes. Une paille. On vous passe les détails de la visite surprise (!) de l'inspection du travail sur le coup des 21h30, pas franchement opportune pour le bon déroulé de l'ouverture des portes.

Bref, une aventure douloureuse, un parcours tumultueux pour donner vie à ce projet qui nous tenait particulièrement à cœur, afin que le 100 ème numéro de TRAX soit une fête pour tous. Les plus cyniques se réjouiront en apprenant qu'au final, cette soirée nous aura coûté cher, à tous points de vue.

Mais quand on regarde les photos ou les vidéos de la soirée avec un peu de recul, quand on voit que le public affiche une banane euphorique, qu'une vague de bras levés et de cris jouissifs déferlent sur la salle, que les artistes ont dans l'ensemble pris leur pied, on se dit, qu'après tout, ça valait quand même la peine de le tenter.

 

LA SOIRÉE VUE DE L'INTÉRIEUR

Lumières artificielles qui descendent sur la ville, novembre dans toute sa splendeur, "la pluie qui tombe m'effraie un peu", dirait Daniel Darc… Cela n'empêche pas une foule dense de se presser dès 22h devant la Cité des Sciences, où le magazine TRAX célèbre en partenariat avec We Love Art son centième numéro dans un lieu à l'architecture rétro futuriste.

La sécurité de la Cité des Sciences, pas franchement aguerrie à ce type de manifestation, peine terriblement à faire rentrer le public avant de carrément paniquer lorsque le public gronde, et de fermer deux portes sur quatre. Si seulement ils avaient mis en place le barrièrage tel qu'il avait été convenu… Quelques pathétiques hystériques rajouteront au bordel, en balançant par exemple des canettes vides au cœur de la foule. Drôlement malins.

Passé ce chaos qui durera jusqu'à minuit, la musique reprend ses droits. Sur Explora, la grande scène face à la Géode, le mystérieux PIERRE BASTIEN , signature du label Rephlex, propose un dispositif insolite de Mécano, sorte de boite à musique géante relayée sur les deux écrans qui encadrent la scène. Épatant. Le ton est donné, cette We Love laissera la place à l'imprévu.

Quelques instants plus tard, déflagration venue en direct du Royaume-Uni, le band ART BRUT est sur scène : concert charismatique, prouvant à ceux qui peuvent encore en douter que rock'n'roll et electro font parfois bon ménage. Les escalators commencent à se remplir, ballet incessant entre la scène Condorcet en bas, et celle du premier étage, où le groupe exulte toute sa ferveur rock… Sérieusement fun.

Sur Condorcet, My GENOME, DJ sélectionné par TRAX pour assurer le warm up, déroule un set montant en puissance et prend possession du dancefloor avec une maîtrise de pro, malgré les problèmes avec son Final Scratch. Les captivantes projections des BOWLING CLUB ? (qui viennent de chausser leurs lunettes de scène blanches) apparaissent sur le mur de fond de scène de plus de 20 m de long.  Impressionnant.

PARA ONE enchaîne, fait swinguer sa fine cravate, la salle est pleine à craquer, son live électrise et fait rugir des fans venus de la France entière… Il est à peine plus de minuit, et un ballet de crissements fulgurants et de beats corrosifs se déploient avec une maîtrise du groove indiscutable.

Révélé en peak hour lors de la We Love Ellen de février dernier, l'enthousiaste Para démontre à nouveau que l'on a bien fait de croire en lui depuis son premier maxi (qui figurait déjà sur le sampler de Trax) et que son live est décidément l'un des plus efficaces du moment.

Au niveau des loges, l'équipe télé de Direct 8 tente de poursuivre ses interviews en pistant les artistes qui leur glissent entre les doigts. EROL ALKAN débarque tout juste de l'Eurostar, un bonnet péruvien sur la tête, pile à temps pour son back to back avec JUSTICE.

 La salle est noire de monde, et si l'expression bastard-pop a encore un sens, on en a la parfaite illustration ce soir. We… Are… Your… F***. Lorsqu'Erol ose balancer un certain "One More Time", le plafond explose. Lui qui envisageait de se coucher tôt, on le croisera encore tout sourire passé 6 heures du mat'… Nice, innit ?

Au premier étage, le crew TTC entre en action, les filles arrivent en courant des escalators, et dès le 1 er morceau la foule tangue. Sur "Téléphone", tout le monde reprend en choeur leurs textes décapants. Humour, ironie, décalage dans ta face… Le leitmotiv marche à merveille, ça pogote mort de rire sur le dancefloor… Teki fait grimper toutes les filles du 1 er rang sur scène pour le final sur l'énormissime "Dans le Club", et le groove part en sucette.

Redescente brutale avec les basses hypnotiques des sélections subtiles des mythiques Moritz Von Otswald et de Mark Ernestus de RYTHM & SOUND, qui enchaînent reggae dub après cette orgie de hip hop… On se pose pour quelques instants de deepness, certes un peu décalés à cette heure, mais voulus comme tels.

En bas, Etienne de Crécy et Alex Gopher se retrouvent face à plus de 4000 bras levés (ben oui, 2 par personne) lorsque démarrent les premières mesures du live de SUPERDISCOUNT, invités de dernière minute. Devenus des outsiders au fil des modes, ils apportent en une heure bien trempée la preuve que les anciens de la French Touch n'ont pas besoin d'antiride et que les petits jeunes n'ont qu'à bien se tenir.

S'affairant comme des diables derrière leurs machines (qu'ils préfèrent au laptop tournant tout seul sous Live), ils tissent un son rond et groovy traversé de montées acides : chaleur sur le dancefloor et ovation unanime trans-générationnelle… Merci en tout cas au visionnaire marathonien des dancefloors Franck Bedos de TRAX , d'avoir vanté à juste titre leur récente prestation.

Il est 4 heures, et les Berlinois de MODESELEKTOR, Honza de PFADFINDEREI, leur bookeuse (venue célébrer son mariage à Paris…), se chauffent dangereusement en backstage. Résultat : une fois sur scène, le duo délivre un live ludique et imparable, transcendé par des visuels hypnotiques sur-mesure : basses lourdes, breakbeat apocalyptiques, incursions ragga… Lors d'un break illuminé, Gernot monte sur la régie et fait sauter le champagne, provoquant l'hystérie collective … Kolossal !

Sur Explora, AGORIA , qui vient de se taper deux heures de bagnole depuis Bruxelles où il jouait juste avant, a repris les platines et se lance dans la dernière ligne droite. Les visuels de DIGITAL BORAX explore un univers psychédélique brassant vignettes de films et illustrations numériques, sur lesquels le Lyonnais trouve rapidement le bon tempo. Malgré la bonne demi-heure supplémentaire accordée avec compréhension par la Cité en raison du retard à l'allumage, son set sera coupé en pleine ascencion, sur les dernières résonnances de son emblématique "Code 1026". Frustration.

Après la tempête, tout le monde se retrouve alors autour du solaire LUCIANO, dont la techno mélodique va littéralement irradier la salle. Affichant comme à son habitude un sourire lumineux, le prodige helvético-chilien de Cadenza possède la classe naturelle des grands. Tout en générosité, il va nous offrir plus d'une heure de bonheur minimal comme point d'orgue de cette We Love Trax si mouvementée.

La scène se remplie progressivement de corps impatients, on a d'ailleurs du mal à faire descendre les plus audacieux qui grimpent se déhancher sur la table DJ. L'équipe est là au grand complet WLA, Trax, nos amis, rejoints par les passionnés, tels Phunk, De la House et autre programmateur du Parc de la Villette,

Le tempo lascif et les nappes nous habitent jusqu'à 6H30, heure fatidique à laquelle la musique s'évanouie. Les loges, dont l'une en piteux état, se sont vidées après le départ en cavale des artistes vers leur hôtel… On range les talkies, il est déjà plus de 7H30 du matin, le démontage suit son cours… Inlassablement.

La Géode scintille sous la pluie brumisante du petit matin. Les plus chanceux (et courageux !) ont rejoint l'after qui prend le relais au Paris Paris, et qui, selon Marco, aura été un grand moment.

Nous devons rendre les clefs du château, pour qu'il rouvre ses portes dès 10h au public familial. Sans qu'aucune trace ne leur laisse imaginer ce qui a pu se dérouler quelques heures plus tôt.

Un grand merci à :

TOUS CEUX QUI ONT TRAVAILLÉ SUR CETTE SOIRÉE

LA CITÉ DES SCIENCES, pour avoir oser, et à la grande partie de son staff qui s'est particulièrement impliqué

DESPERADOS , qui s'est engagé personnellement jusqu'au bout dans cette aventure, malgré les aléas

ABSOLUT , qui nous soutient depuis un an et n'a pas être présent, pour cause de retrait intempestif de la Licence 4 la veille de l'événement...

La SACEM, qui nous a apporté son soutien financier exceptionnel UTRAM pour son matériel vidéo, aux impressions de IMPACT Com , aux camions de EFFERIS , et aux chambres mises à disposition par l'HOLIDAY INN La Villette

Et spécial dédicace à ceux qui nous ont soutenu :

EUROPE 2 TV , NOVA , A NOUS PARIS , TETU ,MYSPACE.COM , INROCKS.COM , PARISBOUGE.COM, PHUNK , FLYMAN , WOMBAT , DIGITICK.COM

 
Pour voir les vidéos ci dessous, cliquez sur play et pensez à éteindre votre player son
 
   
Para One live - Salle Condorcet, 00h30
© Lenum
Justice vs Erol Alkan - Salle Condorcet, 2h45
© Lenum
 
   
Modeselektor - Salle Condorcet, 04h45
© Poksme
TTC - Salle Explora, 1h30
© Sir Carma